Travaillez-vous au Canada en tant que « Contractor » ? Cela pourrait avoir une incidence sur votre parcours vers la résidence permanente

Eddy Ramirez
Juillet 8, 2026

Il est regrettable que de nombreux travailleurs étrangers au Canada ignorent que le statut d’« entrepreneur » n’est pas considéré comme une expérience valable dans le cadre du programme Canadian Experience Class (CEC) du système Express Entry.

Si, pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté du Canada (IRCC), l'expérience en tant que « travailleur indépendant » ou « prestataire de services indépendant » n'est pas prise en compte dans le cadre du CEC, cela peut constituer un sérieux problème pour votre demande de résidence permanente. 

Il y a toutefois de l'espoir de renverser cette situation et que l'officier réexamine l'affaire.

Si votre employeur vous a classé comme « prestataire », alors que dans la pratique vous travailliez ou travaillez en tant que salarié, il est important que vous lisiez cet article. 

Je vais vous expliquer ici comment fonctionne cette procédure et pourquoi elle ne se traduit pas toujours automatiquement par un « non » dans le cadre de votre demande de résidence permanente.

Règle générale : le statut de « contractor » ou de « self-employment » n'est pas pris en compte pour le CEC

Le programme d'immigration « Canadian Experience Class » exige un minimum de 1 560 heures (soit l'équivalent d'une année à temps plein) d'expérience professionnelle qualifiée, acquise au Canada, dans le cadre d'une relation employeur-salarié vérifiable. 

Le manuel opérationnel de l'IRCC est clair sur ce point : 

« Toute période d'activité indépendante (« self-employment ») est exclue du calcul des heures, que cette activité ait été exercée à titre professionnel ou que vous ayez correctement payé vos impôts. »

Cela signifie que si vous avez facturé vos heures, reçu un formulaire T4A au lieu d'un T4 et géré vous-même vos impôts en tant qu'indépendant, cette période ne compte en principe pas pour votre demande de CEC. 

Peu importe qu'il ait travaillé à temps plein, qu'il n'ait eu qu'un seul « client » ou que son rôle ait été identique à celui de ses collègues qui disposaient bien d'un T4.

Que signifient les termes « T4 » et « T4A » ?

Un T4 (officiellement appelé « Statement of Remuneration Paid ») est le formulaire fiscal officiel au Canada qu'un employeur remet à ses salariés directs (sous contrat de travail) à la fin de chaque année fiscale.

Le formulaire T4 constitue la preuve par excellence auprès de l'IRCC pour démontrer l'existence d'une relation formelle entre l'employeur et l'employé. Ce document détaille le salaire total perçu, ainsi que les retenues automatiques au titre de l'impôt sur le revenu, de l'assurance-emploi (AE) et du Régime de pensions du Canada (RPC) que l'entreprise a prélevées directement sur les chèques de paie.

Il se distingue du formulaire T4A, qui est celui que reçoivent les travailleurs indépendants, les travailleurs autonomes ou les prestataires pour les services facturés et sur lequel ne figurent pas de retenues à la source, une condition que le programme Canadian Experience Class (CEC) exclut explicitement du calcul des heures aux fins de l'immigration.

Point important : la mention « contractor » n'entraîne pas automatiquement un refus

Les gens pensent qu'IRCC se contente de jeter un œil à la mention figurant sur leur contrat, et c'est justement là que beaucoup se trompent en supposant que leur dossier est perdu d'avance. 

Le manuel de l'IRCC ne repose pas sur des formulations telles que : « si vous avez un contrat de « prestataire », vous êtes automatiquement exclu » ; il stipule en revanche que l'agent doit déterminer le statut professionnel réel du demandeur, en tenant compte d'une série de facteurs très similaires, en fait, à ceux utilisés par les tribunaux du travail de l'Ontario pour déterminer si une personne est un salarié ou un prestataire indépendant, tels que : 

  • Qui contrôlait comment, quand et où le travail était effectué ?
  • Qui fournissait les outils et le matériel ?
  • Y avait-il un risque réel de perte ou une possibilité de gain, comme ce serait le cas pour une entreprise indépendante ?
  • Dans quelle mesure cette personne était-elle impliquée dans le fonctionnement de l'entreprise ?
  • Travaillait-il exclusivement pour un seul « client », comme le ferait un salarié ?

En d'autres termes : si, dans la pratique, votre relation de travail s'apparentait à celle d'un salarié (horaires fixes, supervision directe, utilisation des outils de l'entreprise, absence de risque réel de « perte » pour l'entreprise), il existe un argument légitime selon lequel IRCC devrait reconnaître cette période comme une expérience en tant que salarié, peu importe que le contrat ait été qualifié de « contractant » ou que vous ayez reçu un formulaire T4A.

IMPORTANT : Mais soyons honnêtes, car cela ne garantit pas que votre candidature soit retenue ; je me dois également d'être franche et réaliste envers tous ceux qui se trouvent dans cette situation.

C'est l'officier qui a le dernier mot

La décision finale dépend de l'agent des services d'immigration chargé d'examiner votre dossier, ainsi que de la solidité des éléments de preuve que vous pourrez présenter pour démontrer que la relation relevait, en substance, d'un emploi et non d'un contrat de travail indépendant.

Il existe même des décisions judiciaires récentes qui confirment ce caractère discrétionnaire : 

  • Dans une affaire portée devant la Cour fédérale en 2024 (Kaur c. Canada), la Cour a confirmé que lorsqu'il est évident qu'une personne a travaillé dans le cadre d'un régime de travail indépendant, par exemple avec un permis de travail d'entrepreneur, l'agent peut rejeter la demande sans même être tenu de donner à l'intéressé la possibilité de présenter ses observations avant de statuer. 

Cela montre que plus l'apparence de « Contractor » dans vos documents, plus il sera difficile de faire changer d’avis l’agent.

En revanche, lorsque les éléments attestant d'un contrôle et d'une subordination sont cohérents, le résultat peut être différent. 

En termes simples : plus votre cas ressemblera, sur le papier, à celui d'un véritable « Contractor » , plus votre argumentation sera difficile à défendre. 

Plus vous serez en mesure de prouver que, dans les faits, vous étiez traité comme un salarié, plus votre argumentation sera solide.

Que pouvez-vous faire si vous vous trouvez dans cette situation ?

Si une partie de votre expérience au Canada s'est déroulée dans le cadre d'un statut de « entrepreneur », mais que vous estimez avoir en réalité exercé les fonctions d’un salarié, tenez compte des éléments suivants afin de renforcer les arguments et les preuves à l’appui de votre dossier :

  • Lettres de référence de l'employeur décrivant en détail vos fonctions, vos horaires et le niveau de supervision dont vous relevez.
  • Preuves de contrôle: e-mails contenant des instructions précises, horaires attribués, règles internes que tu devais respecter.
  • Preuves d'intégration: messagerie d'entreprise, participation aux réunions d'équipe, utilisation des systèmes internes de l'entreprise.
  • Absence de risque commercial réel: s'il ne facturait pas en tant qu'entreprise indépendante ayant la possibilité réelle de réaliser des bénéfices ou des pertes en fonction de ses performances.

Le Régime de pensions du Canada et la loi sur l'assurance-emploi (à l'aide du formulaire CPT1) : une option officielle supplémentaire

Par ailleurs, il existe une procédure officielle consistant à demander à l'Agence du revenu du Canada (ARC) une décision concernant son statut de travailleur au titre du Régime de pensions du Canada et de la Loi sur l'assurance-emploi (à l'aide du formulaire CPT1). 

Cette décision de la CRA peut être présentée comme élément de preuve complémentaire auprès d'IRCC afin d'étayer le fait que votre relation de travail était, en substance, celle d'un salarié.

Le fait d'être classé comme « Contractor » dans votre contrat de travail n'entraîne pas automatiquement la perte de votre temps cumulé au sens du CEC, et ne signifie pas non plus que votre demande par cette voie soit garantie. 

Tout dépend de la qualité de la démonstration, étayée par des preuves concrètes illustrant la réalité de son travail, qui s'avérait différente de ce qui était décrit sur le papier. 

IMPORTANT : Étant donné que la décision finale relève du jugement de l'agent qui examine chaque dossier au cas par cas, il est préférable de constituer votre dossier avec le plus grand soin avant de déposer votre demande, et non après un refus.

Votre expérience professionnelle au Canada comprend-elle une période en tant que « Contractor » et vous ne savez pas si celle-ci est prise en compte dans le cadre du programme Express Entry ?

‍Remplissez ce formulaire et donnez-nous plus de détails afin que nous puissions déterminer si nous pouvons vous représenter.

Chez Immiland Law, nous sommes là pour vous aider à vous installer légalement au Canada et à protéger vos droits.

J'espère que ces informations vous rassureront et vous permettront de savoir comment procéder correctement.

Avec toute mon affection,

‍Immiland Law Professional Corporation